Solaire : enfin un « délai d’instruction rapide et des volumes plus ambitieux »




Le 9 mars, le Ministère de l’environnement, de l’écologie et de la mer, a attribué plus de 500 MW de projets photovoltaïques lauréats d’appels d’offres et lancé deux nouveaux appels d’offres solaires. 79 lauréats pour les installations photovoltaïques au sol (représentant une capacité de 500 MW) et 62 pour les installations en autoconsommation (20 MW) ont été rendus publics. Décryptage de Mélodie de l’Epine, ‎coordinatrice du pôle photovoltaïque chez HESPUL.­

Comment avez-vous réagi à cette annonce du ministère ?

Il faut féliciter la réactivité de cette nouvelle publication : les délais d’instruction sont nettement entrain de baisser. Certains dossiers ont été traités en six semaines : une telle rapidité, c’est du jamais vu. Et les volumes affichés sont plus élevés qu’auparavant. Cela manque encore globalement d’ambition, mais c’est mieux que l’irrégularité et les petits volumes retenus les années précédentes. Cela semble être la volonté de l’Etat de suivre son calendrier d’appels d’offres pour le solaire et d’atteindre les objectifs inscrits dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie.

Cependant, il faut se méfier du taux de « déchets » : on sait que parmi ces lauréats, de nombreux projets ne seront pas réalisés au bout du compte, car ils ont candidaté à un tarif trop bas et ne parviennent pas à boucler leur plan de financement… C’est un problème chronique, certains acteurs avançant un taux d’abandon jusqu’à 50 % sur des anciens appels d’offres ! Les nouveaux appels d’offre exigeront de plus amples informations à fournir à la Commission de régulation de l’énergie (CRE), ou à tenir à disposition du préfet, ce qui nous permettra d’obtenir plus de statistiques sur l’impact réel de cette politique publique en faveur du solaire.

Quel est l’apport des appels d’offres en auto-consommation ?

La Ministre a voulu lancer des appels d’offres pour des installations de production d’électricité à partir d’énergies renouvelables en autoconsommation. Elle semble convaincue de l’utilité de ce nouveau modèle dans lequel des installations industrielles, tertiaires et agricoles produisent et consomment leur propre électricité localement. Les plans d’affaires entre le premier et le deuxième appel d’offres sont très différents,  avec la prime moyenne demandée divisée par deux : soit les premiers seront sur-rémunérés, soit les seconds ne verront pas le jour, faute de rentabilité. Par ailleurs, ils ne stimulent pas vraiment l’innovation comme semble l’espérer Ségolène Royal : ces projets s’installent sur des supermarchés ou des entrepôts, sont menés par des entreprises comme Intermarché, Coca Cola, parfois une structure agricole, et pour la plupart aurait pu se monter sans aucune aide de l’Etat. Sur ce sujet, le contexte est également entrain changer : l’Etat s’apprête à publier un texte qui clarifie l’inclusion des puissances en autoconsommation dans le calcul pour la taxe sur la consommation finale d’énergie.

Et pour les parcs solaires au sol ?

Le prix moyen pour les grandes centrales photovoltaïques au sol est de 62,5 €/MWh, ce qui traduit la baisse rapide des prix du photovoltaïque. Plus de 60 % d’entre eux se sont engagés à l’investissement participatif et bénéficieront d’une prime majorée de 3 €/Mwh. C’est une bonne nouvelle mais il faut rester vigilant : les citoyens et les collectivités financent la dette, mais on ne sait pas s’ils sont invités à entrer dans la gouvernance des projets. Enfin, là encore, la question du taux « de chute » se pose et je me demande si les moins chers parviendront à voir le jour…

62,5 €/Mwh est un tarif compétitif et ambitieux. C’est encore deux fois plus cher qu’un grand projet photovoltaïque où le taux d’ensoleillement est élevé, à Dubai par exemple (avec 26 euros/MWh en 2016). Mais c’est deux fois moins cher que le nucléaire qui pourtant ne prend pas en compte la question du traitement des déchets. En outre, les lauréats peuvent parier sur une baisse du coût du matériel à l’avenir. Ils le font souvent lors du dépôt de la candidature, mais si les délais d’instruction restent courts, ils ne pourront plus faire ce genre d’anticipations. Cela favorisa les projets plus légers à développer, un peu comme les ombrières de parking, plus chers à construire, mais ne nécessitant pas d’études d’impact ou d’enquêtes publiques.

Article publié sur CLER – Actualités
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