Siège de la MASEN – Rabat, cinquante nuances de vert




Noor I, la première des 4 phases de la future plus grande centrale solaire du monde, a récemment vu le jour à Ouarzazate, visant à l’horizon 2020 une semi-indépendance énergétique du pays, tout en réalisant une économie annuelle conséquente des émissions de gaz à effet de serre. C’est la Moroccan Agency for Solar Energy (MASEN) qui en est le maître d’ouvrage. Basé à Rabat et conçu par l’architecte Taoufik El Oufir, le siège de la MASEN renvoie à sa propre image: écologique et innovante.

Les nouveaux bureaux de l’agence marocaine de l’énergie solaire (MASEN) se situent au bord de la rocade de contournement de Rabat. Sur la parcelle, deux bâtiments symétriques balisent la rocade par leurs lames verticales blanches, comprises entre deux épaisses bandes horizontales immaculées, et une troisième faisant office de casquette, qui vient chapeauter chacun des deux blocs. L’espace entre les deux bâtiments est habillé d’un assemblage de panneaux blancs, kaki, vert et vert sombre, à la manière d’un motif de camouflage stylisé. Une passerelle vitrée relie les deux entités en leur centre.

Les lignes horizontales du parement des façades, des dalles soulignant les débords de toitures et les balcons, contrastent avec les lignes verticales des brise-soleil blancs.
Le projet, posé sur une parcelle rectangulaire, se compose de quatre bâtiments. En plan, deux bâtiments en « L » à l’arrière (nord) de la parcelle entourent de leurs ailes deux autres constructions rectangulaires, alignées sur l’axe (sud) de la rocade. Il se compose de deux niveaux souterrains de parkings, un rez-de-jardin, un rez-de-chaussée et deux étages supérieurs. Au niveau du trottoir, longeant la rocade côté sud, deux larges volées d’escaliers invitent les piétons à accéder au niveau inférieur pour pénétrer dans le bâtiment. Deux bassins d’eau, pavés de motifs pixellisés rappelant le dessin de la façade, s’étendent de part et d’autre de l’entrée vitrée. Cette dernière permet une percée visuelle à travers une esplanade paysagée, puis via un second bâtiment longiligne en arrière-plan.
Les larges circulations piétonnes paysagées entre les bâtiments sont en plan de croix, et disposent en leur centre d’un bassin carré, entouré de palmiers. Cette esplanade est couverte d’un revêtement de sol minéral gris et plantée, en bandes géométriques, de parterres de végétaux et d’arbustes foisonnants et de jardinières carrées recevant différentes essences de palmiers, ainsi que des oliviers, des jacarandas, des ficus, et des bauhinias.

Au niveau du rez-de-jardin, les façades sont en majorité vitrées. Au rez-de-chaussée et au premier étage également, les façades sont en VEC (Vitrage Extérieur Collé). Ce type de façade rideau vitrée, lisse et homogène, forme l’enveloppe extérieure du bâtiment dont les éléments de fixation sont rendus invisibles. Elle met en œuvre des vitrages fixés par collage dans un cadre en aluminium. En complément, une « double peau » de brise-soleil en lames métalliques orientables blanches accroît les performances énergétiques du bâtiment : cette façade ventilante permet d’appréhender intelligemment les apports de chaleur et de lumière.

La dalle du rez-de-jardin se situe au-dessus de deux niveaux de parkings souterrains, accessibles par des rampes se trouvant à l’est et à l’ouest de la parcelle.
Le deuxième étage est en retrait et ceint d’un balcon au garde-corps vitré. Une casquette le protège des rayonnements solaires.
Les volumes intérieurs sont parés de panneaux d’absorption phonique stratifiés, sous forme de lames horizontales rainurées à la teinte de bois grisé, et conformes aux exigences acoustiques européennes. Le parement coloré de la façade reprend les couleurs des essences, troncs, et feuillages du jardin. Il est composé de panneaux d’aluminium avec isolation phonique et thermique intégrées. Même figé, ce bâtiment semble vivant : la libre position de ses brise-soleil verticaux et la composition illusoirement aléatoire du parement de ses façades le font presque vibrer et frémir, à la façon des végétaux qui l’entourent. Sa toiture et les espaces extérieurs fonctionnent comme une large surface de captage de l’eau, permettant au bâtiment de se « nourrir » de l’eau de pluie. « Vert » est sans doute l’adjectif qui qualifie le mieux le nouveau siège de la MASEN et ce, sous plusieurs angles : du point de vue chromatique, paysager, et bien sûr écologique. Le vert est la couleur de la chlorophylle et par extension celle de la nature, mais c’est aussi et surtout la couleur de l’espoir.

Architecte : TAOUFIK EL OUFIR
Auteur : Salwa BOUCHAREB
C.photos : Jean Claude LAFFITTE

Paru dans A+E Architecture et environnement au Maroc #7 //2015

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