Nature temporaire pour pollinisateurs sur les espaces en attente d’affectation




La ville est un espace dynamique qui vit et se transforme au rythme des besoins de ses populations, des projets politiques et urbains, des mutations économiques, commerciales, sociales et foncières. Conséquences des lois du marché et de l’évolution des besoins des populations en termes de logement, travail, loisir et consommation, certains lieux se voient désaffectés. La ville produit friches et quartiers en déshérence.

Résultant d’une politique volontariste, certaines collectivités, aménageurs publics et privés et établissements publics fonciers (EPF) réalisent des opérations de recyclage foncier pour reconstruire « la ville sur la ville » et limiter l’étalement urbain et toutes les conséquences qui lui sont liées (artificialisation des terres, migrations pendulaires, embouteillages, pollution, stress…). Après les premières interventions de déconstruction pour libérer l’espace, les espaces industriels et les anciens quartiers déconstruits en attente de leur réaffectation (ré-urbanisation) peuvent toutefois rapidement redevenir des friches « botaniques » sur lesquelles rien ne semble contraindre l’expression des dynamiques naturelles d’enfrichement et de colonisation végétale.

Lorsque le projet urbain met du temps à se concevoir puis se réaliser, les flores urbaines s’y installent rapidement et peuvent former au bout de quelques années des mosaïques de végétations riches et diversifiées. Sur ces espaces disponibles dont les sols sont formés à base de technosols (remblais, béton concassé…) de qualité variable, on y retrouve souvent des conditions favorables aux espèces typiques des espaces xéro-thermophiles (secs et chauds) avec au niveau de la faune des lézards des murailles et crapauds calamite… et une flore particulièrement riches proches de celles que l’on rencontre dans les dunes et coteaux calcaires. Les espèces qui y trouvent des conditions favorables à leur épanouissement peuvent parfois poser quelques problèmes aux aménageurs car elles peuvent correspondrent à des espèces bénéficiant d’une protection réglementaire... comme le sont par exemple les ophrys abeille, linaire jaune, gesse des bois, réglisses sauvages en Nord et Pas-de-Calais. Sur ces espaces laissés à l’abandon, les arbres (saules, bouleaux principalement) arrivent également rapidement à s’installer. Les stades pionniers de ces formations ligneuses sont quant à eux des supports efficaces  pour l’installation des nids de nombreux passereaux, tous protégés et dont certains sont rares  ou en déclin (pouillot fitis, fauvette grisette…).

En Nord et Pas-de-Calais, l’EPF, outil de renouvellement urbain, confronté à cette problématique a décidé d’expérimenter et de réaliser des préverdissements quasi systématiquement sur les espaces dont il a momentanément la propriété. Ceux-ci consistent en l’implantation de plantes couvre-sol avec des semis de légumineuses (trèfles, lotiers..) et de graminées afin de bloquer ou de contraindre l’arrivée d’espèces « non désirées » (espèces protégées, exotiques envahissantes, allergènes, rudérales, ligneuses…) tout en étant très favorables à des communautés d’insectes de plus en plus rares en région comme le sont les pollinisateurs sauvages (abeilles sauvages, bourdons, papillons…). Ces semis de prairies florifères réalisés, en plus de favoriser le développement d’une biodiversité « choisie » à défaut d’être ordinaire, permettent l’intégration des sites traités dans leurs territoires (attractivité du lieu qui doit être commercialisé), l’amélioration du cadre de vie des riverains, la limitation de l’envol des poussières et à la lutte contre les îlots de chaleur urbains. Cette réponse multifonctionnelle qui s’inscrit dans le plan national d’action du ministère de l’Environnement « France , terre de pollinisateurs » souhaite être également une contribution au concept de « ville durable ».

Article publié par Guillaume Lemoine
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Bibliographie pour en savoir plus :

Lemoine G., 2016. Flores et pollinisateurs des villes et des friches urbaines Bulletin de la Société botanique du Nord de la France, 2016, 69 (1-4) :103-116
Lemoine G., 2017. Usages temporaires des friches urbaines de l’Établissement Public Foncier Nord–Pas-de-Calais : une contribution aux villes durables ? TSM 2017 ; 3 : 51–59




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