Narein Perera: “Participer aux Green Solutions Awards apporte d’immenses avantages”




Narein Perera, finaliste international des Green Solutions Awards 2016 dans la catégorie Energie & Climats Chauds, explique le bâtiment Solis Ortus, qu’il a présenté au concours. Il revient également sur les Awards et les avantages qu’il en a tirés en tant que candidat et en tant que finaliste.

Quelle est votre implication dans la construction durable? 

Dr. Narein Perera: Je suis un architecte diplômé et je dirige une agence d’architecture. Nous sommes fiers du niveau d’innovation et de l’approche globale qui guident nos solutions architecturales. Chaque projet est envisagé comme un ensemble spécifique de nuances sociales, climatiques, contextuelles et technologiques pour poser les fondations d’un résultat unique. Nous mettons l’accent sur ‘la création d’un lieu” en explorant méticuleusement et consciencieusement les matériaux et les textures.

J’officie également en tant que conférencier à l’Institut d’Architecture de l’Université de Moratuwa, notamment sur la conception climatique à l’échelle du bâtiment et de la ville. Je m’efforce d’y partager les leçons retenues de ma propre pratique de l’architecture.

Ma thèse pour mon doctorat – Espaces publics urbains bioclimatiques: une approche durable pour réduire les îlots de chaleur à Colombo, Sri Lanka (2015) – rassemble mes recherches sur la relation entre le climat et la conception des villes. Depuis, mes travaux ont été développés en concepts pour la réglementation et la planification des villes de demain, sous les climats tropicaux chauds et humides en général et plus spécifiquement à Colombo, au Sri Lanka.

Mon agence, qui a déjà 10 ans, a rencontré beaucoup de succès, en recevant plusieurs distinctions nationales et internationales. Sur la scène internationale, j’ai été récompensé par le “Architecture Asia Award for Emerging Architects” [NTDLT: Prix d’Architecture d’Asie pour les nouveaux architectes” dans le cadre du Congrès Asiatique des Architecte en Malaisie en 2014 et en 2016. Plus récemment, j’ai été finaliste international des Green Solutions Awards 2016 organisés par Construction21. Au Sri Lanka, j’ai reçu le prix du “Jeune Arhcitecte de l’Année” en 2010 et le prix “Design Excellence” du Sri Lanka Institute of Architects en 2007 et 2011.

Comment le projet Solis Ortus est-il né? Comment le décririez-vous?

Dr. N.P.: “Solis Ortus” – une formule latine pour “mon lever de soleil” – traduit la vision et l’approche des propriétaires quant à qualité des espaces de vie qu’ils ont imaginés pour leur maison. La formule, au sens propre comme au sens figuré, crée le désir pour l’approche créatrice de lieu de l’Architecte. “Un lieu qui ne vieillirait pas, qui ne s’enracinerait pas dans un style architectural particulier. Mais qui s’enracinerait plutôt dans les rythmes naturels du jour – comme l’aube – qui chaque fois apporte de nouveaux espoirs, de nouveaux commencements. Des espaces connectés à la nature, au soleil, au ciel, au vent, à la pluie, toujours changeants, évoluant chaque jour. Et en même temps, des espaces sûrs et cohérents avec leurs fonctions, comme le premier rayon de soleil qui perce l’obscurité”.

Les propriétaires sont une famille de quatre personnes. Toutefois, au début du projet, les deux enfants n’étaient pas encore nés. L’aîné est né pendant la phase de construction. Le père, Harin, est directeur d’une usine importante entreprise textile qui fournit les grandes marques internationales La mère, après la naissance de ses deux enfants, a arrêté son activité professionnelle pour s’occuper d’eux.

Harin est avide d’espaces extérieurs. La pêche, le tir et la plongée sous-marine sont des passions pour lui. Le bureau/espace de rangement pour son matériel était un élément très important pour lui. Les deux parents aiment vivre à l’extérieur et le jardin fait partie intégrante de leur environnement de vie. Ils reçoivent beaucoup, en conséquence, le jardin a été pensé comme une extension du salon.

Le besoin de solitude et la séparation avec la ville était un élément également recherché. L’emplacement de Solis Ortus, dans un quartier résidentiel éloigné de Colombo, en est la preuve, alors que le couple possède plusieurs résidences dans les quartiers les plus chers de la ville par ailleurs.

Les demandes du client ont été traduites en 4 zones principales: l’espace de vie, l’espace intime, l’espace invités, et l’espace de service.

L’espace de vie:

  • Salon / Salle à manger
  • Verandas / Entrée / coursives / jardin
  • Espace familial – aussi inclus dans l’espace intime
  • Cellier

L’espace intime:

  • Chambre des parents avec salle de bain – inclus un dressing
  • 2 chambres d’enfant avec une salle de bain commune

L’espace invités (avec un accès indépendant possible):

  • 1 chambre
  • 1 salle polyvalente (chambre, bureau, loisirs)
  • 1 salle de bain desservant les deux pièces et qui sert de cabinet de toilette pour l’espace de vie

L’espace service (également accessible indépendamment et qui peut être isolé du reste de la maison):

  • Cuisine
  • Arrière-cuisine
  • 2 chambres pour les employés de maison
  • 2 salles de bain pour les employés de maison
  • Magasin – pièce essentielle pour le matériel de sports des clients
  • Abri voiture pour 3 véhicules

Quelle a été votre approche développement durable pour ce projet?

L’architecte est confronté a beaucoup de questions: Comment connecter à l’extérieur dans le contexte urbain dense de Colombo et de ses banlieues? Peut-on intégrer la lumière naturelle sans la chaleur et l’éblouissement? Peut-on ventiler sans la poussière et la pollution des véhicules? Peut-on créer des vues et des accès sur l’extérieur sans mettre en jeu la sécurité et l’intimité? Ces questions sont au coeur de l’acte de bâtir durable dans une ville asiatique tropicale.

Notre approche pour concevoir des espaces qui résolvent les points négatifs d’un bâtiment en milieu urbain tropical, s’est basée sur le concept de “couches”. Des couches qui cherchent à mettre de la distance et qui séparent, des couches qui filtrent et qui isolent, des couches qui protègent et libèrent. A la fin des fins, des couches qui accueillent le “lever de soleil”.

Cette approche par couches est née du zonage du site, dans le moindre détail, par conséquent chaque niveau d’intervention est considéré comme crucial pour l’ensemble du projet.

D’abord, les connexions spatiales sont envisagés comme celles qui lient l’architecture aux phénomènes naturels et donc à la création de lieu. Une question au coeur de la pensée architecturale: des lieux qui créent le sentiment de foyer. C’était là une demande essentielle des propriétaires pour “offrir” le “lever du soleil” à leurs enfants.

Quelles solutions avez-vous mises en place pour atteindre vos objectifs?

Dr. N.P.: Les solutions du bâtiments s’articulent autour de la notion de couches.

Des couches qui mettrent de la distance et qui séparent

La vie quotidienne de la maison prend place dans des espaces situés entre les grands espaces ouverts de la maison. Les espaces ouverts – les jardins et les cours – permettent l’accès à la lumière et la ventilation naturelle. Ils permettent également de distancer l’espace de vie des limites externes du site. On a donc une expérience extérieure, sans interaction directe, tout en restant dans le site. Si au premier regard, la maison semble repliée sur elle-même, une observation plus détaillée montre le contraire: avec son rapport au ciel, les arbres, la vue sur les toits de la ville. Ici, la création d’un lieu nous a permis de transcender ses frontières physiques.

Des couches qui filtrent et isolent

Les jardins et les cours servent également à filtrer et à isoler les espaces de vie des effets négatifs de l’extérieur. La plantation extensive est un premier moyen de filtrage. Elle crée une couche qui piège la chaleur, isole et traite l’air et la chaleur qui passe à travers les plantes, avec des possibilités de rafraîchissement par évaporation. Les plantations sont intensifiées pour séparer l’intérieur et l’extérieur: des sarments de plantes grimpantes tombent en cascade le long de la façade pour créer des voiles verts, des canopées denses donnent de l’ombre aux murs, aux toits et aux fenêtres. Ces plantations redéfinissent la forme même du bâti. Elles génèrent une enveloppe naturelle qui affecte tous les sens, tout en restant en mouvement: une source perpétuelle d’émerveillement.

L’enveloppe a été conçue pour abriter les espaces intérieurs tout en ménageant les évolutions dues à l’impact des usages. Des murs creux qui ralentissent les gains de chaleur, ont été laissés nus. Pour réduire le coût du cycle de vie du bâtiment, il a été décidé de ne pas les peindre, ils invitent au toucher, ils changent de couleur avec la lumière du jour. Les toits, isolés, sont surmontés par des panneaux photovoltaïques qui transforment cette maison naturellement éclairée et ventilée en un bâtiment zéro énergie.

Des couches qui protègent et qui libèrent

Des couches protectrices, en particulier un mur écran en béton cellulaire, bambou et grilles d’acier créée une second enveloppe le long des espaces ouverts. Cela permet aux espaces de vie: salon, salle à manger, chambres, de se passer presque entièrement de portes et de fenêtres. L’espace s’écoule sans obstacle horizontalement et verticalement, pour là aussi agrandir le sentiment de volume. Le propriétaire a la liberté d’organiser son espace comme il le souhaite, créant de nouvelles expériences en fermant ou en ouvrant des écrans mobiles. Ces couches protègent les jardins et les courts, tout comme les espaces intérieurs, physiquement et visuellement, garantissant aux jeunes enfants la possibilité d’explorer et jouer en toute liberté et en toute sécurité.

Quels avantages avez-vous retiré de votre participation aux Green Solutions Awards? 

Dr. N.P.: Participer aux Green Solutions Awards nous a amené d’immense bénéfices, j’ai personnellement appris de cette expérience et nous avons gagné en visibilité.

Personnellement 

Le processus de candidature m’a amené à revoir, à réanalyser en profondeur des objectifs, des stratégies et des solutions qui étaient au coeur de notre conception et de la construction. Cela a consolidé notre processus d’apprentissage et de mise en place de ces approches.

Mon plus grand regret, c’est de ne pas avoir pu assister à la cérémonie de remise des prix, à la COP22 (qui rejoint complètement mes centres d’intérêt). J’aurais pu y rencontrer des professionnels qui partagent mes valeurs. J’ai eu à choisir entre la cérémonie et la commission critique du projet de fin d’année de mes étudiants à l’université. En tant que mentor de 60 étudiants qui allaient faire face à un panel de professionnels (Royal Institute of British Architects, Commonwealth Association of Architects, and Sri Lanka Institute of Architects), j’ai choisi de me tenir aux côtés de mes étudiants (et cela je ne le regrette pas).

Visibilité

Les votes pour le Coup de Coeur des Internautes a généré beaucoup de visibilité autour du projet. Même si je n’ai pas personnellement fait campagne, des membres de mon équipe et des partenaires du projet ont activement communiqué, poussant Solis Ortus dans la lumière. Par là-même, Solis Ortus est devenu un projet facilement reconnaissable, notamment dans mon pays, le Sri Lanka.

Le bâtiment étant une résidence privée, il n’y a pas eu de visites consécutives au concours. Il y a eu des demandes, mais les gens ont compris et respecté la décision des propriétaires de ne pas faire visiter.

En termes de reconnaissance, la visibilité, surtout sur internet, a généré des contacts et des invitations pour des concours nationaux et internationaux. Ces relations seront peut-être fructueux pour mon agence dans le futur.

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