Des continuités écologiques avec la trame verte et bleue




Pour intégrer enfin les processus écologiques à l’échelle globale, le Grenelle de l’Environnement a inscrit comme objectif territorial, la prise en compte des mouvements des espèces au sein des paysages. En effet, pour freiner les atteintes à la biodiversité qui impliquent tout particulièrement les destructions d’habitats et des corridors qui les relient, un programme national de trame verte et bleue (TVB) est mis en place.

Ces plans de TVB sont inscrits dans des projets régionaux (Schémas Régionaux de Cohérence Ecologique) et mis en œuvre à l’échelle des plans d’urbanisme (PLU, PLUi…). Aujourd’hui quelques grandes villes inscrivent cette problématique dans leurs préoccupations mais les TVB en milieu urbanisé ont encore du mal à se concrétiser.

Une trame verte (ou bleue) se définit à la fois par des habitats où vivent les espèces (appelés réservoirs de biodiversité ou noyaux d’habitat), par exemple une forêt, une lande ou un lac, et par des continuités du même genre (appelé corridors écologiques) permettant aux espèces de gagner ces noyaux d’habitats, par exemple un bocage pour les espèces forestières ou une succession de petites prairies pour les espèces des espaces ouverts. Un corridor gagne à être un habitat linéaire pour les toutes petites espèces à faibles capacités de dispersion. Les espèces ayant des exigences différentes, on étudiera séparément les trames boisées, prairiales, arbustives, aquatiques… même si un plan de TVB regroupe l’ensemble de ces composants.

Si on veut de la biodiversité en ville, ce niveau de fonctionnement est encore plus important qu’en campagne tant les voiries et bâtis empêchent toute dispersion. Même s’il n’est pas question de favoriser toutes les espèces animales et végétales à rentrer dans la ville, plus il y aura d’espèces, plus ce système sera stable face aux accidents sanitaires ou climatiques, plus cette nature rendra les services attendus et demandera moins d’entretien à terme.

Les continuités larges et tranquilles sont les plus efficaces mais en ville des ensemble de petits jardins ont aussi montré leur rôle dans la perméabilité aux espèces. Les corridors continus sont les plus intéressants mais des corridors discontinus (appelés pas japonais) sont aussi utilisés par pas mal d’espèces moyennement mobiles. En ce moment, nous menons des recherches pour voir si des bâtiments ou des trottoirs végétalisés peuvent participer aussi à ces formes de continuités. Il semble que cela soit possible sous des conditions importantes de surface et de qualité des plantations. Par ailleurs, ces continuités sont de plus en plus pensées en accompagnement de projets de mobilité (promenade plantée, mobilité douce, plan marche…) et semblent pouvoir devenir des éléments structurant de la ville de demain.

Par Philippe Clergeau
Professeur au Museum National d’Histoire Naturelle

Pour en savoir plus :

  • Clergeau P. & Blanc N. (2013) Trames Vertes Urbaines. Le Moniteur ed., Paris.
  • Clergeau P. et collaborateurs (2016) La trame verte et bleue à l’épreuve de la ville. Traits Urbains, 37-40.




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